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Marie-Jo Fressard (Solidarité Maroc) : Un livre à lire absolument : Ils m’ont fait porter le chapeau de Fayçal Cheffou.

Marei-Jo Fressard, au centre, lors d’un passage à Bruxelles

C’est l’histoire ahurissante et triste de Fayçal Cheffou que la police belge a désigné sans preuve aucune comme « l’homme au chapeau », le troisième terroriste de l’attentat  du métro de Zaventem, à Bruxelles, les deux autres s’étant fait  exploser. Sur une mauvaise photo diffusée en boucle dans les médias, on distingue, mal, ce troisième homme, portant un chapeau, poussant un chariot avec des bagages. Un coupable idéal vite trouvé.  Français d’origine marocaine, musulman : Fayçal Cheffou.

Il avait déjà été pris en grippe par le bourgmestre Yvan Mayeur lorsque, jeune adulte, il était animateur social très engagé, défendant personnes âgées, sans papiers, réfugiés et autres personnes en difficulté, et réalisant des reportages sur ces laissés pour compte.
C’est le 22 mars 2016 qu’ont eu lieu les deux attentats de Bruxelles, à l’aéroport et au métro de Zaventem. Fayçal Cheffou a été arrêté par la police alors qu’il était en voiture avec un ami. « Ils ont pointé leurs armes vers nous. C’étaient des fusils d’assaut et des pistolets mitrailleurs. » Il a  été amené au commissariat, mains attachées et  bandeau sur les yeux ». Les policiers lui ont fait enlever la ceinture et les lacets, les lunettes et même son bonnet mis dans un sac spécial, scellé, apparemment en lien avec le fameux chapeau du troisième terroriste de l’attentat du métro…. « Ce raisonnement qui révèle d’un amateurisme manifeste et d’un raccourci incroyable car toute personne sait faire la différence entre un bonnet et un chapeau ! » écrit-il. Cet amateurisme s’est retrouvé dans le fait qu’aucune prise d’empreintes ni d’ADN n’avait été faite sur le chariot resté sur place plusieurs jours après l’attentat. Ces ADN et empreintes entreront en compte pour établir son innocence quelques jours plus tard.

Fayçal Cheffou

Lorsqu’on lui dit que les médias de Belgique et d’ailleurs parlent de lui, il supporte mal que soient ainsi étalés à son insu son nom, son domicile et surtout ce qui concerne sa famille.

Dès le début de sa  détention Fayçal est conscient que tout est fait par la police pour prouver par force et par la haine qu’il est bien l’homme au chapeau. Pourtant dans son récit, il déclare respecter quelques policiers qui font bien leur travail et se montrent très humains, et le juge dont le sérieux travail d’enquête conduira à sa libération.
Mais pendant ses six années de détention il va connaître l’enfer : insultes racistes, ignobles humiliations et torture dans les commissariats  belges.
« Elle est où, ta bombe, sale fils de pute ? » « Tu n’es qu’une petite vermine, sale terroriste ! » « Sale djihaiste de merde, si cela ne tenait qu’à moi, je te tirerais une balle maintenant ». Ces insultes devenaient de plus en plus ignobles à mesure qu’apparaissaient des éléments qui contredisaient sa culpabilité.
Il va subir ce qui est pour lui la pire des humiliations : Des policiers et une policière vont s’acharner à lui retirer ses vêtements en les déchirant pour le mettre complètement à nu ce dont il se défend avec toute l’énergie dont il est capable, et vont le torturer tandis que la femme lui tenait ses deux jambes et qu’un corpulent policier était assis sur ses poumons en pesant de tout son poids pour l’empêcher de respirer. « C’était doublement humiliant pour moi … De la violence à l’état pur. Du sadisme. J’étais déshumanisé ». Fayçal finira par s’évanouir tant la souffrance a été intenable…Nu, il a ensuite souffert du froid. Pour se vêtir on lui a finalement donné une fine salopette de peintre, et pendant plusieurs jours il a été obligé de marcher en chaussettes, avant d’obtenir enfin des sandales.
Révolté, Fayçal a toujours  cherché à montrer qu’il n’a pas l’intention de se laisser faire. Il ne mâchait pas ses mots pour dire que pour lui ces policiers étaient des monstres et de vrais terroristes, ce que lui n’était pas. Et lorsqu’ils ont voulu le forcer à manger des spaghettis reluisants de crachats il a refusé et s’est mis en grève de la faim et de la soif, espérant aussi par là arriver à voir enfin un médecin pour lui faire constater les plaies témoignant des séances de torture qu’il a subies, ce qui lui a toujours été refusé.
Les policiers ont ainsi tout fait pour qu’il craque.  » Ma mort arrangerait bien leur plan ! » pense-t-il surtout lorsque l’attaché-directeur lui laisse son rasoir, ce qui est complètement illégal. Une incitation au suicide à peine masquée…La situation était telle que Fayçal n’osait plus penser à son innocence , ni à sa libération. Pour tenir il se disait « Sois courageux comme Ali Aarrass ».
Fayçal est enfin libéré le 28 mars 2016.
Il apprendra avec soulagement que la directrice et 22 de ses gardiens sont inculpés pour non-assistance à personne en danger et »coups et blessures, traitements inhumains et dégradants, harcèlements, humiliations répétées, ou « négligences volontaires ». Sursaut démocratique d’un État européen…
Mais liberté ne signifie pas libération pour lui. Depuis trois ans, pour certains policiers, certains journalistes et certains compatriotes il va continuer à rester l’homme au chapeau » inculpé pendant quelques jours chaque fois qu’il faut trouver un coupable. Il subira ainsi encore cinq arrestations.

Lors des attentats des vies sont démolies sans être touchées par l’explosion des bombes.

 

« Ils m’ont fait porter le chapeau » par Fayçal Cheffou

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