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(fr/Engl) Sumud 1 & 2 : Un hommage aux prisonnières et aux prisonniers palestiniens, par Michel Brouyaux, ABP mai-juin 2022

Sumud : un hommage aux prisonnières et aux prisonniers palestiniens.

Les éditions Antidote publient coup sur coup deux courts essais – un troisième est annoncé pour l’automne) sur le Sumud, un mot qui exprime la philosophie de la résistance palestinienne.

Sumud: a tribute to Palestinian prisoners and prisoners.
Editions Antidote are publishing two short essays in quick succession (a third is announced for the fall) on Sumud , a word that expresses the philosophy of Palestinian resistance.

1/ Sumud, une philosophie palestinienne de la confrontation dans les prisons coloniales. Lena Meari.

Les prisonniers sont une des composantes les plus honorables de la société palestinienne. De plus en plus, ils sont apparus comme une voix de la conscience et comme des novateurs de la pensée politique et culturelle. Ils ont transformé les cellules de prison en écoles de la révolution. (Charlotte Kates)

On estime qu’un million de Palestiniens ont été emprisonnés par le régime israélien depuis la Nakba, en 1947-48. L’emprisonnement est une technique coloniale censée isoler les prisonniers de la société, y-compris internationale, et atténuer l’impact de leur prestige.

Six prisonniers morts de leur grève de la faim et six évadés d’une prison de haute sécurité à l’aide de cuillers : ce qui les lie s’appelle sumud.

Traduire sumud n’est pas chose aisée, tant le mot peut revêtir de significations différentes : résistance, confrontation, détermination, fermeté, résilience. Le mot n’a pas une signification figée, mais recouvre une multiplicité de sens et de pratiques dont le dénominateur commun est le refus de la reddition, de la soumission au pouvoir violent du colonisateur. On pourrait affirmer qu’il s’agit d’une façon d’être, une manière d’envisager l’inévitable confrontation avec l’ennemi colonial dont le pouvoir violent n’est pas nié, mais auquel on refuse de se soumettre.

Le sumud transforme les relations humaines. Un des exemples nous en est donné par Myassar, devenue une mère très protectrice à l’égard de ses enfants qu’elle tient à l’écart de tout engagement après avoir vu les souffrances de son propre frère, qui a passé plus de vingt ans en prison. Quand son fils de dix-neuf ans, impliqué à son insu dans des activités politiques, fut arrêté, elle fit passer par l’avocate un message à son fils : « Ta maman dit qu’elle préfère apprendre la nouvelle de ta mort que d’apprendre que tu as avoué ». Celui-ci lui fit répondre : « Ne t’inquiète pas, maman, je suis le produit de ce dont tu m’as nourri ».

Le sumud, en effet, s’il est un processus créatif infini, est aussi une arme invincible parce qu’il accepte l’éventualité de la mort. Quand vous acceptez de mourir, vous êtes capable d’absorber tout ce qui est moins que cela. Comme l’écrit Amin, « imaginer ma mort pour ne pas avoir fait des aveux ouvrait mes possibilités au lieu d’y mettre un terme ».

Si l’on passe en revue les techniques d’interrogatoire et la façon dont toutes ces techniques peuvent être vaincues, les fondements du sumud sont la lutte intérieure « afin de surmonter les moments de faiblesse et de libérer le soi du cercle de l’individualité (…) pour le diriger vers le cercle collectif. » Le samed est celui qui se sacrifie pour les autres », celui dont le sacrifice « protégera la patrie et la cause juste ».

(Engl)

1/ Sumud, a Palestinian philosophy of confrontation in colonial prisons. Lena Meari .
Prisoners are one of the most honorable components of Palestinian society. Increasingly, they emerged as a voice of conscience and as innovators of political and cultural thought. They have transformed prison cells into schools of revolution. (Charlotte Kates)
An estimated one million Palestinians have been imprisoned by the Israeli regime since the Nakba in 1947-48. Imprisonment is a colonial technique meant to isolate prisoners from society, including international society, and lessen the impact of their prestige.
Six prisoners who died from their hunger strike and six who escaped from a high security prison using spoons: what binds them together is called sumud.
Translating sumud is not easy, as the word can take on so many different meanings: resistance, confrontation, determination, firmness, resilience. The word does not have a fixed meaning, but covers a multiplicity of meanings and practices whose common denominator is the refusal of surrender, of submission to the violent power of the colonizer. One could say that it is a way of being, a way of envisaging the inevitable confrontation with the colonial enemy whose violent power is not denied, but to which one refuses to submit.
Sumud transforms human relationships . One of the examples of this is given to us by Myassar, who has become a very protective mother with regard to her children, whom she keeps away from any commitment after having seen the sufferings of her own brother, who spent more than twenty years in prison. When her nineteen-year-old son, unknowingly involved in political activities, was arrested, she sent a message to her son through the lawyer: « Your mom says she’d rather hear the news of your death than ‘to learn that you confessed’. This one made him answer: « Do not worry, mother, I am the product of what you fed me ».
The sumud , indeed, if it is an infinite creative process, is also an invincible weapon because it accepts the possibility of death. When you agree to die, you are able to absorb anything less than that. As Amin writes, « imagining my death for not confessing opened up my possibilities instead of closing them. »
Reviewing interrogation techniques and how all of these techniques can be overcome, the foundations of sumud are the inner struggle « to overcome moments of weakness and free the self from the circle of individuality. (…) to direct it towards the collective circle. « The samd is the one who sacrifices himself for others », the one whose sacrifice « will protect the fatherland and the just cause ».

2/ Sumud : paroles de résistance des prisonnières palestiniennes

Ce deuxième livre commence par plusieurs témoignages d’anciennes prisonnières . Certains sont très durs, et illustrent la brutalité et la cruauté des autorités israéliennes.

Le livre distingue les deux phases vécues pat les prisonnières : l’interrogatoire, phase évidemment la plus dure, puis la détention, qui peut durer des années, voire être renouvelée à l’issue d’une première période.

Les femmes prisonnières étant moins nombreuses que les hommes, il est plus facile de les isoler. Outre l’isolement, les mauvais traitements , les moyens de torture, des plus sauvages (coups) aux plus pervers (agressions sexuelles, insultes à caractère sexuel), rien n’est épargné aux munadela. Durant cette phase « interrogatoire », qui peut durer des mois, et en violation de toutes les lois, les visites familiales sont interdites, sauf quand la famille peut être utilisée comme moyen de pression pour briser la résistance de la détenue (la torture d’un frère, par exemple).

Mais la résistance ne s’arrête pas aux portes des prisons . Nahla Abdo, elle-même ancienne prisonnière, décrit les méthodes de lutte des détenues : grèves de la faim, refus de sortir de leurs cellules, désobéissance aux ordres des gardiens, revendications constantes de leurs droits, grève de l’hygiène… Les méthodes de lutte sont aussi variées que celles de leurs tortionnaires. Et elles sont souvent couronnées de succès, par exemple quand est conquis de haute lutte le droit à l’éducation, le droit à obtenir du papier, des stylos, des livres, ou le droit des plus instruites à enseigner aux autres.

Ces deux livres nous rappellent que, depuis 1967, plus de dix mille Palestiniennes ont été emprisonnées par le régime israélien. Aujourd’hui, au 11 février 2022, trente-et-une d’entre elles sont toujours incarcérées, sur un total d’environ 4650 prisonniers politiques palestiniens. Nahla Abdo, en conclusion, nous donne leurs noms et suggère toute une série d’actions concrètes pour les soutenir : par exemple leur écrire, à la prison de Damon.

Une certitude en tous cas : un peuple capable d’un tel sumud ne sera jamais vaincu !

(Engl)

2/ Sumud: words of resistance from Palestinian prisoners
This second book begins with several testimonies from former prisoners. Some are very harsh, and illustrate the brutality and cruelty of the Israeli authorities.
The book distinguishes the two phases experienced by the prisoners: the interrogation, obviously the hardest phase, then the detention, which can last for years, or even be renewed at the end of a first period.
Women prisoners being fewer in number than men, it is easier to isolate them. Apart from isolation, mistreatment, means of torture, from the most savage (beatings) to the most perverse (sexual assault, sexual insults), nothing is spared the munadela. During this « interrogation » phase, which can last for months, and in violation of all laws, family visits are prohibited, except when the family can be used as a means of pressure to break the detainee’s resistance (torture of a brother, for example).
But the resistance does not stop at the prison gates. Nahla Abdo, herself a former prisoner, describes the prisoners’ methods of struggle: hunger strikes, refusal to leave their cells, disobedience to the guards’ orders, constant demands for their rights, hygiene strikes… The methods of struggle are as varied as those of their torturers. And they are often crowned with success, for example when the right to education, the right to obtain paper, pens, books, or the right of the most educated to teach others is won with great struggle.
These two books remind us that since 1967 more than ten thousand Palestinian women have been imprisoned by the Israeli regime. Today, as of February 11, 2022, thirty-one of them are still incarcerated, out of a total of approximately 4,650 Palestinian political prisoners. Nahla Abdo, in conclusion, gives us their names and suggests a whole series of concrete actions to support them: for example writing to them, at Damon prison.
A certainty in any case: a people capable of such sumud will never be defeated!

 

Vous pouvez commander un de ces livres en versant 13 euros (prix d’envoi compris) avec mention « Sumud I ou II »  ET votre adresse postale), sur le compte d’Antidote :  IBAN : BE20 0004 2359 4956   BIC: BPOTBEB1XXX.

Vous trouverez également le livre lors des stands de la Plate-forme Charleroi-Palestine.

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